Jarhead, la fin de l'innocence (Sam Mendes)
Par Zoueze le dimanche, janvier 15 2006, 23:18 - Coup de projo - Lien permanent

JARHEAD, LA FIN DE L'INNOCENCE (Jarhead)
Etats-Unis - 2005
123 minutes
Réalisateur : Sam Mendes
Scénariste : William Broyles, Jr (d'après le livre Jarhead : A Marine's Chronicle of the Gulf War and Other Battles par Anthony Swofford)
Avec : Jake Gylenhall, Peter Sarsgaard, Jamie Foxx, Skyler Stone, Lucas Black, Wade Williams, Evan Jones, Jacob Vargas
Sortie le 11 janvier 2006
"Tout ça pour ça."
C'est la phrase qui vient à l'esprit à la fin de la séance. Brimades, humiliations, stress, détresse morale... Tout ça pour repartir chez soi sans avoir pu accomplir ce pour quoi on a fait le voyage jusqu'au fin fond du désert irakien.
Si des films comme Full Metal Jacket, Platoon et Apocalypse Now ont marqué leur époque pour avoir dépeint avec beaucoup de justesse le quotidien des soldats américains lors de la guerre du Vietnam, ceux de la première guerre du Golfe n'ont pas eu cette chance. En dehors du brulôt contestataire qu'a été Les rois du désert et d'Un crime dans la tête qui n'est rien de plus qu'une réinterprétation golfienne d'un film situé post-guerre de Corée, les soldats qui ont été lutter au Moyen-Orient n'ont pas eu la chance d'être honorés sur pellicule.
C'est maintenant fait, et de fort belle façon. Tout au long du film où l'on voit l'esprit d'Anthony Swofford vaciller de plus en plus à mesure que le regard bleu de Jake Gylenhaal semble se ternir pour finalement prendre une couleur sable, on se rend compte de la pression qui a pesé sur ses hommes envoyés en plein milieu d'une fausse guerre, appareil médiatique dont l'objectif final n'étant pas tant de mettre fin à un règne de terreur, mais de protéger des intérêts purement pécuniers (leçon évidemment retenue deux administrations plus tard, mais c'est une autre histoire).
Oui, certaines scènes de ce film font penser à des grands classiques ayant trait à la guerre, mais l'hommage n'est pas voilé pour autant. Que ce soit une affiche de Taxi Driver entraperçue au détour d'une photo, une séance ciné pendant laquelle la chevauchée des Valkyries galvanisent les troupes juste avant de "partir à la guerre" ou encore d'un moment de détente entre Marines où la distraction du jour est un visionnage de Voyage au bout de l'enfer, le film sait où ses racines se trouvent et ne s'en détournent pas un seul instant.
Au final, on a une fois de plus la sensation prégnante que toute guerre n'est qu'un gigantesque gâchis. On s'est usés au même rythme que ces Marines piaffant d'impatience à l'idée d'aller au feu et qui n'auront eu qu'à voir leur motivation et leur raison vaciller un peu plus chaque jour.
"Welcome to the Suck" ("Bienvenue au Foutoir"), disent-ils au nouvel arrivant. C'est sûr que quand on voit leur destin dans ce désert, on peut dire que la vie leur a joué un bien sale tour.
OORAH !
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